Le baobab

jeudi 2 août 2007 par Baobab JB

Origine du mot baobab

La première description serait plus ancienne et aurait été faite par le Portugais Gomes Eanes de Zurara dans la "Cronica dos feitos de Guiné" vers 1450 : "... son fruit est comme une calebasse... A la suite de cette observation, il porta donc le nom de calebassier du XVème au XVIIIème siècle.

Prospero Alpino écrit bahobab, graphie en concurrence avec baobab et parle en fait du fruit : "bahobab est fructus...". Le mot serait une translittération d’époque du terme arabe "bu hibab" signifiant le "fruit aux nombreuses graines".

Jussieu et Linné ont bien vu que les échantillons envoyés par Adanson correspondaient à un arbre déjà décrit en Égypte, et en déduisent que le nom n’est pas à rechercher dans une langue ouest-africaine, mais en arabe d’Egypte où "lobab signifie une noix, amande ou similaire. C’est aussi le nom commun pour la pulpe ou tout produit d’un fruit. C’est également la moelle de n’importe quel arbre... De plus, dans notre langage quotidien, lobab signifie mie de pain".

On peut en déduire que, pour le moins, l’origine du mot est assez obscure, mais le foisonnement d’hypothèses à ce jour ne traduit-elle pas simplement l’intérêt tout particulier suscité par cet arbre, ne serait-ce que par son tronc immense et ses énormes branches ressemblant à des racines, ce qui fait dire que, grâce à elles, il tire sa force du ciel ?

La floraison et la fécondation du baobab

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La floraison a lieu du mois de mai aux environs du mois d’août, à la nuit tombée. Le gros bouton floral sphérique pend à l’extrémité d’un long pédoncule. Il s’entrouvre, le calice se fend en 5 parties qui se recourbent peu à peu, la fleur s’épanouit 2 heures après le début de l’ouverture, les sépales se retournent entièrement en s’enroulant vers le haut. Les pétales suivent ensuite le même chemin, ils se déplient, se défroissent. La pleine éclosion se fait rapidement, en un quart d’heure environ, les changements de la fleur sont visibles à l’œil nu. Les fleurs sont grandes, blanches, la corolle est composée de 5 pétales tordus, les étamines sont nombreuses (1500 à 200), les anthères forment une grosse masse sphérique, le style est simple, filiforme, terminé par un stigmate proéminent.

La fleur du baobab étonne par la position qu’elle occupe sur l’arbre ; en effet, à l’extrémité du pédoncule flasque d’une longueur d’environ 50 cm, les pièces florales du calice, de la corolle, de l’androcée ainsi que le style se recourbent vers le haut. L’odeur qu’elle dégage est peu agréable.

C’est une fleur d’une nuit, car le lendemain elle paraît déjà fanée, elle perd son éclat, la blancheur est ternie et le soir suivant toutes les pièces florales tombent ensemble.

La fécondation a lieu pendant la nuit. La pollinisation est assurée par les chauve-souris et autres micro-mammifères. La visite qu’effectue la chauve-souris est très brève, quelques secondes pendant lesquelles elle s’accroche avec ses griffes dans les tissus de la corolle. La chauve-souris, amatrice de fruits et de jus sucrés, est attirée par le nectar assez abondant dans la fleur.

Les fruits ont des formes variables selon les espèces de baobab, sphérique ovoïde, allongé ellipsoïde. L’enveloppe est pelucheuse, dure, ligneuse, vert brunâtre ou gris jaunâtre, rempli d’une pulpe blanche ou rosée. Cette pulpe contient de nombreuses graines de la taille d’un haricot, dures, réniformes, brun noir avec des incrustations brun rouge.

Le baobab inspirateur de légendes et de propos extraordinaires

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Après ces descriptions un peu techniques, laissons-nous porter par des visions différentes, sur un ton plus poétique. Plusieurs légendes sont inspirées du baobab, par exemple celle-ci, localisée au Kenya, près du Kilimandjaro :

"... Il y a devant nous une source et un petit étang. Quand aucun vent ne souffle, la surface de l’étang est lisse comme un miroir. Il y a très, très longtemps, le baobab était auprès de l’eau et dressait sa cime vers le ciel.

Il voyait les autres arbres qui avaient des chevelures fleuries, de tendres écorces et des feuilles. Tous étincelaient de couleur et le baobab voyait tout cela dans le miroir et il était malheureux. Ses feuilles à lui étaient minuscules, ses fleurs imperceptibles. Il était gras et son écorce ressemblait à la peau ridée d’un vieil éléphant. L’arbre invoqua Dieu et se plaignit à lui.

Dieu avait créé l’arbre et était satisfait de son œuvre qui n’était pas semblable aux autres. Il aimait la diversité. Seulement, il ne pouvait supporter la critique. Il demanda à l’arbre s’il trouvait beau l’hippopotame ou agréable le cri de l’hyène. Puis Dieu se retira dans les nuages. Il voulait qu’on le laissât réfléchir en paix. La création d’hommes qui lui plairait lui causait déjà bien du souci.... Le baobab ne cessait, ni de se regarder dans le miroir, ni d’élever vers lui ses plaintes. Dieu descendit donc, saisit le baobab, le souleva et le replanta dans la terre. Ainsi l’arbre ne se voyait plus et ne se plaignait plus. Tout était rentré dans l’ordre..."

Voici encore celle racontée par les habitants du village de Toumbou-bâ, dont la notoriété, en 1926, venait de son baobab : "Ce baobab est venu ici, transporté dans les airs, d’un village nommé Balou, qui existait autrefois sur la rive orientale du Bafing. Les ancêtres des habitants actuels, des Monécatas, reçurent l’ordre de suivre le baobab jusqu’à l’endroit où il s’arrêterait. Mamadou Monécata était alors le chef du clan. On ne peut dire à quelle époque ceci se passe. Un second baobab de Balou partit aussi dans les airs à la suite de celui-ci. Il retomba au village actuel de Faraba. Mais celui-là ne se développa pas outre mesure et n’a pas acquis de pouvoir bien grand. Une partie des émigrés de Balou demeura à l’endroit de la chute et fonda Faraba. C’est pourquoi il y a aussi des Monécatas à Faraba, parents de ceux de Toumbou-Bâ.

Mamadou Monécata s’arrêta, avec ses gens, à Toumbou-Bâ où tomba et repris racine le vrai baobab sacré. Il fonda ce village. A sa mort, on l’enterra sous l’arbre. On connaît l’endroit du tombeau, bien qu’on ignore la date d’existence de ce grand aïeul.

Des abeilles avaient suivi, de Balou, dans le tronc du baobab, mais, à sa chute, elles sont parties vivre dans les rochers du marigot voisin. Tous les trois ans, les gens de Toumbou-Bâ ont leur provision de miel dans ces rochers, mais il n’y a qu’eux qui peuvent en prendre.

Celui qui égratigne l’écorce du baobab, meurt dans l’année. Toute écorchure à l’écorce fait sortir du sang. Si l’on casse certains fruits (pains de singe), on y trouve des cheveux humains. Dans des temps inconnus, quelqu’un voulut monter à l’arbre et y planta des échelons : il mourut sur le coup. On voit encore des traces de cet essai d’ascension.

Une grosse branche cassée, tombée à terre et entièrement desséchée, donne encore fleurs et fruits, auxquels personne ne touche.

On ne peut frapper ni insulter qui cherche asile sous les branches ou dans les cavités du baobab. Au moment de la circoncision, des serpents sortent du baobab et tournent au milieu du cercle des exécutants.

Les femmes stériles viennent appuyer leurs mains contre l’arbre à l’endroit de la cavité en forme de niche. Elles font vœu de sacrifice au baobab, ou bien de donner son nom à son enfant. C’est pourquoi il y a tant de "citafa" dans le village. Si elles n’exécutent pas leurs vœux assez promptement, les enfants meurent".

En fait, dans cette légende très intéressante, on peut retrouver toutes les facettes de cet arbre si particulier : sociale, cosmogonique, médicale... que nous allons retrouver plus avant. A signaler que l’interprète du rapporteur, Toucouleur du Sénégal et musulman, tint à marcher sur le baobab en l’écorchant, sans dommage, mais selon les habitants, "les pouvoirs du baobab ne valent pas sur les blancs, ni sur les musulmans".

Ainsi, le baobab entre fréquemment dans les mythes de fondation de villages, de villes ou de royaumes. Dakar n’y échappe pas si l’on en croît la légende suivante : "Deux individus, chassés de l’intérieur des terres, fuyant devant des ennemis cruels, ont pu franchir le marigot de Dogoup’Yakhar derrière lequel ils se sont trouvés à l’abri. Ils logent dans un baobab, mettent en culture quelques champs. L’eau est proche, la terre fertile. Des mois passent. Deux parentes des fugitifs, sachant qu’ils ont échappé aux poursuites, les recherchent et les trouvent. Leur étonnement est grand devant la richesse des cultures... Elles demandent le nom du pays, N’Décké’Raw, "le pays qui sauve", leur est-il répondu ! Dakar, que les Lébous appellent N’Dakarou, serait une déformation de N’Decké’Raw.

La forme particulière, étrange, imposante du baobab inspire également des propos extraordinaires, comme ce texte de René Ferriot, Les baobabs : "Vaguement étranges, obscènes, un peu, atteints d’une maladie d’épaisseur, éléphantiasis phallique. Mais tourmentés, figés dans leurs gestes trop courts, leurs palmettes de feux d’artifice n’illuminant rien que l’abîme de leur tronc caverneux, où la fibre se noue sur une sécheresse sublime, une prodigieuse endurance, qui fabrique de la sève avec rien, avec une goutte de vapeur sans existence. Figés dans leur errance, comme un troupeau d’éléphants qui auraient pris racine, ils en ont l’écorce grise et rude, ils ne sont dans cette savane qu’un prétexte, une présence insolite, trouant le paysage austère, faisant semblant d’être des arbres. Ils cherchent leur route."

ou bien : "... Des baobabs érigent leurs troncs monstrueux, tordent des branches cagneuses, des bras d’ataxiques, boursouflés, stigmatisés de blessures, rongés de chancres, troués comme des écumoires. Dans la pâle dorure de leurs derniers feuillages s’abattent les rapaces, dos arrondis sous leurs ailes repliées, et le vent de la saison sèche fait jouer les fruits, ces pains de singe qui pendent verticalement comme de lourds glands de tentures..." ou encore : "... des baobabs convulsés tels de monstrueux madrépores arc-boutés contre les vents marins...". Enfin Senghor écrit : "... où se tordent les bras des baobabs d’angoisse... dans ce poème :

"Tout le long du jour, sur les longs rails étroits

Volonté inflexible sur la langueur des sables

A travers Cayor et Baol de sécheresse où se tordent les bras les baobabs d’angoisse

Tout le long du jour, tout le long de la ligne

Par des petites gares uniformes, jacassantes petites négresses à la sortie de l’école et de la volière

Tout le long du jour, durement secoué sur les bancs du train de ferraille et poussif et poussiéreux

Me voici cherchant l’oubli de l’Europe au cœur pastoral du Sine."

Habitat et goûts

Le baobab se rencontre en Afrique tropicale, spécialement dans les régions sub-humides et semi-arides au sud du Sahara. Il ne pousse pas en forêt tropicale humide. Le genre se rencontre en Australie et à Madagascar qui serait le berceau de l’arbre avec 7 espèces différentes recensées.

Il prospère avec des précipitations entre 250 et 1000 à 1500 mm, il n’a pas d’exigences particulières quant au sol, mais pousse apparemment mieux sur un substrat calcaire ou sur des sols profonds un peu humides. Il est fréquent près des habitations ou comme témoin d’anciens établissements, car il est semé et protégé par les populations. En Afrique orientale, il peut atteindre 1500 m d’altitude.

Source de cet article :

www.senegalaisement.com


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